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Si les chiens sont souvent reconnus pour leurs capacités olfactives exceptionnelles, les chats ne doivent pas être sous-estimés. Une étude récente met en lumière la complexité du fonctionnement du nez des félins, révélant un sens de l’odorat particulièrement avancé.

Les chercheurs ont utilisé des technologies de pointe pour établir un modèle informatique du nez du chat, à partir de scanners tomographiques et d’échantillons de tissus prélevés sur un chat domestique décédé, donné à la recherche.

Lorsqu’un chat inspire, l’air se divise en deux flux distincts : l’un pour la respiration, l’autre pour la détection des odeurs. Fait fascinant, les voies nasales dirigent ce second flux à travers un réseau complexe de canaux finement enroulés, appelés « turbinate », couverts de récepteurs sensoriels. Ce système fonctionne de manière similaire à un appareil chimique appelé chromatographe en phase gazeuse, qui sépare les composés en fonction de leur solubilité.

Cette structure unique faciliterait la détection de différentes odeurs. Les molécules moins solubles dans le mucus nasal parcourent une plus grande distance, leur permettant d’atteindre des récepteurs éloignés.

Kai Zhao, bio-ingénieur à l’Université d’Ohio et auteur principal de l’étude, explique : « Nous savons que les animaux, y compris les chats, utilisent leur odorat pour trouver de la nourriture, percevoir un danger et reconnaître leurs congénères. »

La particularité de cette structure enroulée serait plus de 100 fois plus performante que le canal nasal droit que l’on observe chez les amphibiens et certains mammifères. Elle permet également d’intégrer un nombre supérieur de récepteurs olfactifs dans un espace restreint.

« Ce que montre cette étude, c’est que cette structure de turbinate est d’une complexité très élevée chez le chat, comparée à d’autres mammifères », précise Luis Saraiva, expert en neurosciences olfactives au Sidra Medicine au Qatar, non impliqué dans les travaux. Il souligne que les félins possèdent un nombre surprenant de ces structures, bien supérieur à celui des rats ou des humains.

La comparaison entre les structures nasales et la chromatographie gazeuse n’est pas nouvelle. Cette idée, évoquée dès les années 1960, avait principalement été étudiée chez les amphibiens, dont la morphologie nasale est plus simple. Des recherches ont montré que les animaux dotés d’un odorat très développé, comme les chiens, les rats ou les lynx, possèdent des turbinate enroulés. Cette étude est cependant la première à étudier en détail l’organisation nasale du chat domestique et à appliquer cette analogie des chromatographies aux mammifères.

Le visage dit « dégoûté » que font souvent les chats en réaction aux odeurs désagréables pourrait s’expliquer par leur extraordinaire sensibilité olfactive. Selon Luis Saraiva, ce réflexe, similaire à la réaction humaine face à l’odeur forte du lait tourné, consisterait en un resserrement des voies nasales pour limiter l’exposition aux odeurs offensantes. Ce comportement serait ainsi une forme inconsciente d’autoprotection.

Tom Eiting, physiologiste à la Burrell College of Osteopathic Medicine et spécialiste de l’olfaction chez les chauves-souris, estime que la prochaine étape majeure sera la combinaison des modèles informatiques avec des études physiologiques réelles chez les animaux.

Il espère que les scientifiques établiront bientôt une cartographie complète de la solubilité des différentes odeurs, corrélée aux récepteurs olfactifs spécifiques du nez du chat. Cette approche novatrice ouvrirait la voie à une compréhension approfondie du système olfactif félin.

La complexité remarquable de la structure nasale des chats, mise en évidence par cette recherche, témoigne de leur sens de l’odorat particulièrement développé. Cela dit, il est peu probable qu’ils remplacent à court terme les chiens dans des rôles spécialisés tels que détecteurs d’explosifs. Comme le rappelle Kai Zhao, « les chats sont très difficiles à dresser ».