Louis Wain’s Cats of Many Lands, publié en 1914, est un ouvrage illustré mettant en scène des chats anthropomorphes vêtus de costumes nationaux ou ethniques. Ces illustrations, accompagnées de vers de Norman Gale, présentent chaque pays à travers un costume ou un caractère comique, formant ainsi un atlas imaginaire et coloré destiné aux enfants.
Les chats, loin de simplement porter des costumes, adoptent des postures et comportements humains, affichant des personnalités distinctes. Cette anthropomorphisation a permis à Louis Wain de populariser l’image du chat à posture et expression humaines, très reconnaissable dans l’illustration populaire de l’époque.
Publié au début de la Première Guerre mondiale, ce livre n’en reflète pas directement le contexte. Il semble conçu comme un cadeau enfantin pré-guerre, avec un thème international joyeux. Cependant, l’absence notable de l’Allemagne, grande puissance européenne et rival britannique avant le conflit, interroge. Cette omission pourrait être due à des raisons éditoriales liées à la reconnaissance des costumes ou à une tension croissante entre Royaume-Uni et Allemagne, sans qu’il soit possible d’affirmer une exclusion politique délibérée.
Un autre aspect critiquable de ce livre, à la lumière des sensibilités actuelles, est la représentation de l’Amérique du Nord à travers un personnage indigène. Ce choix reflète une convention courante à l’époque qui réduisait un continent entier à une figure stéréotypée. Cette image, aujourd’hui perçue comme réductrice, révèle comment les livres pour enfants et le divertissement populaire enseignaient la géographie par des stéréotypes instantanément reconnaissables plutôt que par des informations détaillées.
Le livre révèle ainsi les idées de l’époque sur la nationalité, la race, l’empire et « l’étranger » codées dans les costumes, atténuées par l’humour mais jamais effacées.
Les versions française et anglaise diffèrent aussi dans l’interprétation des illustrations. Par exemple, les chats français y jouent au golf, alors que la version anglaise suggère une référence subtile à la rivalité historique entre la France et l’Angleterre à travers l’apprentissage de l’anglais par les chats français.
Raphael Tuck & Sons, éditeur londonien avec une portée internationale (Londres, Paris, New York), s’est spécialisé dans des ouvrages illustrés pour enfants, cartes postales et objets cadeaux très colorés, qui combinent aspect visuel attrayant et lecture légère. Plus de mille images de Wain ont été diffusées en cartes postales entre 1900 et 1940, ancrant ses chats dans la vie sociale édouardienne.
Cette œuvre, charmante pour les amateurs de chats, représente également un précieux témoignage culturel à la veille de la Grande Guerre, illustrant les pratiques éditoriales, les stéréotypes nationaux et la représentation populaire des identités à travers des costumes. Elle invite à réfléchir sur ce qui était enseigné aux enfants sur les autres pays et leurs représentations en ce début de XXe siècle.